Le Chromebook ou l’informatique accessible

Aujourd’hui un petit test matériel avec le tout nouveau chromebook HP 14’.

Qu’est-ce qu’un “chromebook” ? Une nouvelle marque d’ordinateur ? Plutôt un nouveau concept, car derrière le mot “Chrome”, vous aurez reconnu le navigateur de Google. C’est en effet le moteur de recherche qui a eu cette idée : concurrencer le traditionnel couple PC + Windows, mais en commençant par le bas.

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Les origines #

Tout est parti de la petite révolution qu’a connu l’informatique dans les années 2007–2008 : l’arrivée des “netbooks”. Il s’agissait de petits ordinateurs, dotés d’un petit écran (moins de 10’) et de composants dépassés, donc aux performances anémiques, mais proposés à un prix totalement imbattable : autour de 200 euros.

Car à l’époque, on commençait à réaliser que dans l’informatique grand public, la majorité des usages sont basiques : essentiellement surfer sur internet et lire ses mails. Et que par conséquent, un appareil très simple pouvait suffire. La tendance n’était plus à la “courses aux armements” : avec la crise économique, plus question d’acheter tous les deux ans un nouveau PC à 1000 euros sans raison valable.

Outre le dogme de la puissance, les netbooks abolissaient aussi celui du système d’exploitation (OS), car certains étaient proposés sous Linux. Et les utilisateurs découvraient, à leur grand étonnement, qu’on peut trouver — et gratuitement ! — des logiciels tout à fait corrects hors du monde Windows.

Malgré tout, l’ère des netbooks n’a pas duré très longtemps. Car les tablettes, avec comme d’habitude Apple et son iPad dans le rôle de précurseur, ont raflé la mise en poussant le concept encore plus loin : pourquoi conserver un clavier juste pour envoyer des emails de quelques lignes ? Mieux valait concentrer toute la valeur ajoutée du produit dans un écran tactile dont l’iPhone avait démontré l’efficacité.

La stratégie de Google #

C’est là que Google sent qu’il peut tirer son épingle du jeu. D’abord parce que les consommateurs sont maintenant psychologiquement prêts à tenter l’aventure de l’informatique sans Windows.

Et également parce qu’avec Android, un Linux adapté aux téléphones mobiles, le moteur de recherche a acquis l’expérience de la création d’un OS.

Et enfin parce qu’une frange non négligeable des clients a besoin de rédiger, notamment les étudiants, ce qui suppose un clavier.

Google a alors l’idée de relancer les netbooks, mais à sa façon. D’abord avec un grand écran, là où ceux des netbooks étaient minuscules, et cela grâce à la baisse du coût des composants.

Mais aussi avec un OS qui permette de mettre en avant les produits maison. Ceux ci reposent complètement sur le web : Google.fr, Gmail, Google Docs, Google Maps, etc. L’ordinateur doit donc être centré sur l’internet, à tel point qu’il doit décourager le travail hors connexion.

Et la solution est… #

La solution s’appelle un Chromebook : un ordinateur aux composants peu performants, doté d’un écran de taille correcte (de 11 à 15 pouces), animé par Linux et sur lequel ne tourne qu’une seule application, un navigateur web  —  Google Chrome en l’occurence, d’où le nom. Le tout vendu à un prix canon.

Mais Google y ajoute un argument de poids : la facilité d’utilisation. Tout comme les Macs, les Chromebook sont livrés avec une version du système d’exploitation, ChromeOS, dédié spécifiquement au modèle. Comprenez qu’il n’y a ni paramétrage à effectuer ni pilotes à installer. La seule chose à faire pour entretenir l’appareil est de télécharger les mises à jour. Mais celles-ci ont le bon goût de ne pas être trop fréquentes, à la différence de Windows.

Le concept, encore peu répandu en France, connait le succès aux Etats-Unis dans l’enseignement et auprès des utilisateurs peu fortunés.

Je vous propose donc une présentation d’un modèle, le HP Chromebook 14, ainsi nommé car son écran fait 14 pouces de diagonale. Il est vendu 270 euros environ, et on peut le trouver sur Amazon par exemple.

Le matériel #

Le chromebook est d’apparence un ordinateur portable comme les autres. Seul le distingue le logo “Chrome” sur la face supérieure. Il est très léger (1,2 kg) et facile à transporter.

L’oeil exercé remarquera que la configuration du clavier est inhabituelle, avec notamment des touches “avant” et “arrière” qui correspondent aux boutons équivalents sur un navigateur web.

Au niveau stockage, un chromebook n’utilise pas un disque dur classique à plateaux, mais un SSD, gage de rapidité et de solidité. Mais du fait même de son concept de machine 100% web, l’ordinateur n’a pas censé stocker des données en local. La taille du SSD est donc très faible (16 Go théoriques, dont 8 seulement utilisables). Heureusement, il existe un port MicroSD permettant de l’étendre jusqu’à 128 Go, mais à l’usage, une clé USB est finalement tout aussi pratique.

En parlant d’USB, l’appareil a une connectique réduite mais suffisante : un port HDMI, deux ports USB, une prise jack.

Cette dernière servira à brancher des écouteurs, car les hauts-parleurs sont situés sous l’appareil, un choix malheureux qui dégrade la qualité sonore.

Le processeur est un Intel Celeron N2840 cadencé à 2.58 Ghz, et la machine dispose de 2 Go de RAM, malheureusement non extensibles. Une dotation insuffisante pour de l’informatique traditionnelle, mais ici nous ne sommes justement pas sur un PC normal.

L’écran 14 pouces offre une résolution de 1366x768. Disons le tout de suite, une telle définition choque l’oeil, surtout en 2016. Au premier allumage, la déception est forte : en regardant de près, on distingue les pixels. Alors évidemment, on s’y habitue à la longue, mais l’impression d’un retour en arrière est flagrante pour quiconque a gouté aux écrans des portables traditionnels ou aux définitions “retina” des smartphones.

Mais ce choix s’explique facilement : il demande moins de puissance au niveau graphique et permet d’offrir un défilement fluide malgré des composants peu coûteux. C’est d’ailleurs pour cela que, sauf erreur, il n’y a à l’heure actuelle que très peu de chromebooks 14 pouces offrant une meilleure définition.

Il faudra s’y faire : pas question d’utiliser cette machine pour des travaux graphiques. Passons donc au logiciel.

L’OS de Google #

Une fois l’ordinateur ouvert, ChromeOS démarre en moins de sept secondes. Bluffant. On aboutit à un écran de login qui permet à plusieurs personnes d’utiliser le même ordinateur, chacune ayant sa propre session. Les identifiants sont ceux d’un compte Google, qu’il est nécessaire de créer si l’on n’en dispose pas encore.

Une fois connecté, l’interface est très simple : en bas une “barre des tâches” permettant de lancer les logiciels les plus fréquemment utilisés, avec à sa droite une zone de notification indiquant l’heure, et… c’est tout. Le reste de l’écran est occupé par le bureau, qui n’en est pas vraiment un car on ne peut y placer aucun icône. A part afficher une photo, il ne sert donc à rien, du moins dans les versions actuelles de l’OS.

Les mises à jour se font dans la zone de paramétrage, à laquelle on accède en cliquant avec le bouton droit sur l’heure. Aucun choix à faire : on télécharge la dernière version proposée, c’est tout.

Les logiciels #

ChromeOS propose la même boutique d’applications que le navigateur Chrome de Windows ou MacOS. Et pour cause, la plupart sont des extensions du navigateur, comprenez des modules qui s’y ajoutent et non de véritables logiciels exécutés directement par le système. Elles sont donc très légères (quelques Mo généralement), mais aussi très limitées en fonctions.

Vous trouverez cependant l’essentiel pour profiter de votre ordinateur : VLC pour lire des vidéos, Spotify pour écouter de la musique, Skype pour faire de la vidéo (l’ordinateur dispose d’une webcam), un gestionnaire de fichiers ultra basique, des traitements de textes, etc. Une grande partie est gratuite.

L’intérêt est surtout d’utiliser les applications Google : Google Docs est parfait sur Chromebook, si vous pouvez vous en contenter ; sinon il est également possible d’utiliser Microsoft Office 365 en ligne. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de stocker ses documents sur le disque dur ; ils demeurent dans le nuage de Google.

Problème : que faire si on n’a pas accès à Internet ? Le chromebook devient-il inutilisable ? Non, pas du tout : hormis les applications nécessitant par nature une connexion, comme Spotify ou YouTube, les autres sont utilisables en local et synchronisent les fichiers une fois l’accès rétabli. C’est le cas de Google Docs par exemple.

Il est donc parfaitement possible de rédiger un document dans le train ou l’avion par exemple. Il existe même une catégorie spéciale d’applications utilisables “off-line” dans la boutique de Google Chrome.

L’informatique de l’avenir #

L’autonomie du Chromebook HP est suffisante : au moins 3 ou 4 heures, mais je ne m’avancerai pas sur ce point car je ne l’ai pas chronométrée. Elle me parait cependant inférieure à celle donnée dans les autres tests (7–8 heures), du moins si l’on en croit l’indicateur de charge de la batterie.

Le Chromebook est donc une excellente machine si on la rapporte à son prix de 279 euros. Elle est transportable, assez polyvalente si l’on s’en tient à des tâches basiques. Elle convient parfaitement aux étudiants et aux professionnels qui veulent surfer sur grand écran et rédiger des documents peu élaborés.

Mais en dehors de ces usages, il est à déconseiller : on ne peut installer d’applications Windows ou MacOS X, et de toute façon le processeur serait incapable faire tourner Adobe Photoshop ou les derniers jeux à la mode.

Et pour ceux qui voudraient installer ChromeOS sur un vieux PC, il est possible de télécharger ChromiumOS, son équivalent OpenSource.

Peut-être dans l’avenir ChromeOS deviendra-t-il une véritable distribution Linux, voire fusionnera-t-il avec Android comme le croient certains ? Une chose est sûre, le concept de simplicité qu’il propose est en train de s’imposer, lentement mais sûrement.

 
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